Publié le 07 Mar

Journée internationale des droits des femmes : rencontre avec Adrianna, étudiante et présidente du BDE

 

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons rencontré Adrianna, étudiante en deuxième année de BUT informatique au Puy-en-Velay et présidente du Bureau des étudiants. À travers son parcours, ses engagements et ses ambitions, elle incarne une génération de jeunes femmes qui prend sa place dans un domaine encore largement masculin.

Un parcours atypique guidé par la curiosité

Adrianna se décrit d’abord comme une personne créative. Son parcours scolaire n’a pas été linéaire. Après un début en filière générale, elle s’oriente vers un bac technologique STI2D, avec une spécialisation en architecture et construction. À cette époque, elle envisage plutôt une carrière dans le génie civil.

Elle poursuit d’ailleurs dans cette voie en intégrant un BUT Génie civil à Égletons. Mais au cours de sa première année, elle réalise que cette discipline ne correspond pas vraiment à ses attentes.

C’est finalement vers l’informatique qu’elle se tourne, un domaine qui l’attirait déjà depuis quelque temps.

« Pendant le COVID, on était beaucoup sur Internet. J’ai commencé à découvrir comment fonctionnaient les sites, à tester du HTML et du CSS. J’ai aimé ce côté créatif : partir d’une idée et arriver à quelque chose de concret. »

Elle souligne aussi une différence importante entre ses deux centres d’intérêt :

« Construire un pont toute seule, c’est compliqué. Mais créer un site ou une application, on peut le faire de A à Z. »

Encouragée par les retours positifs d’anciens camarades déjà inscrits dans la formation, elle décide finalement de rejoindre le BUT informatique du Puy-en-Velay.

Étudier dans un domaine majoritairement masculin

Lorsqu’elle choisit cette orientation, Adrianna sait déjà que les femmes sont peu nombreuses dans les formations informatiques. Cette réalité ne la surprend pas particulièrement : depuis le lycée, elle évolue déjà dans des environnements majoritairement masculins.

« On m’avait prévenue que c’était principalement masculin, mais ça ne m’a jamais empêchée de poursuivre dans cette voie. »

Son expérience au sein de la formation s’est même révélée plutôt positive. Elle explique avoir été agréablement surprise par l’ambiance, notamment en comparaison avec d’autres milieux techniques qu’elle a connus auparavant.

« Ici, j’ai été agréablement surprise par le peu de sexisme comparé à d’autres domaines. »

Cela n’empêche pas certaines situations révélatrices de sexisme ordinaire, parfois involontaire.

Adrianna évoque par exemple des camarades qui lui expliquent des notions qu’elle maîtrise déjà, ou qui reformulent une idée qu’elle vient d’exprimer comme s’il s’agissait d’une nouveauté.

« Des fois je propose une idée et on me répond “bof”. Puis un garçon dit la même chose juste après et là tout le monde trouve que c’est une bonne idée. »

Elle remarque aussi que certaines attitudes peuvent venir, parfois sans mauvaise intention, du corps enseignant. Il arrive par exemple que des enseignants viennent vérifier plus particulièrement auprès d’elle ou de ses camarades féminines si elles ont bien compris une consigne ou une notion, alors qu’elles maîtrisent déjà le sujet.

Ces comportements, souvent inconscients, traduisent parfois l’idée que les étudiantes auraient davantage besoin d’accompagnement.

Adrianna se souvient également d’une scène marquante survenue au début de sa formation : lors d’un cours de droit, un étudiant a tenté de corriger ou de compléter l’intervention de l’enseignante.

« Un étudiant a repris la prof sur une notion… alors qu’elle la connaissait évidemment mieux que lui. »

L’enseignante a calmement rétabli la situation, mais cet épisode illustre selon Adrianna certaines attitudes encore présentes dans les environnements très masculins.

Face à ces situations, elle a choisi d’adopter une posture claire :

« Dès le début, j’ai affiché que je ne tolérerais pas les propos sexistes ou misogynes. »

Présidente du BDE : un engagement pour les étudiants… et pour les étudiantes

En parallèle de ses études, Adrianna est aujourd’hui présidente du Bureau des étudiants de la formation.

Le rôle du BDE est de contribuer à la vie étudiante en organisant des événements variés :

  • soirées et moments festifs
  • actions solidaires
  • initiatives pour améliorer le quotidien des étudiants

Par exemple, le BDE participe à des distributions de paniers alimentaires à un euro pour aider les étudiants qui en ont besoin.

« Notre objectif est d’aider les étudiants à apprécier leurs études. Avoir une vie étudiante, c’est important. »

En tant que présidente, elle coordonne l’équipe, organise les réunions et veille au bon déroulement des projets. Mais elle souhaite aussi donner à ce rôle une dimension particulière.

« Comme il y a peu de femmes dans la promotion, je veux m’assurer qu’elles se sentent bien et qu’elles ne subissent pas de sexisme. »

Elle explique que cette responsabilité a aussi été une motivation pour se présenter :

« Je trouvais important de montrer que les femmes peuvent diriger, surtout dans les milieux scientifiques. »

Entrepreneuriat et création de projets

Adrianna s’intéresse également à l’entrepreneuriat. Sans forcément se projeter dans la création immédiate d’une entreprise, elle aime imaginer et construire des projets.

« J’adore créer des projets multidisciplinaires et travailler avec d’autres personnes sur quelque chose qu’on aime. »

Parmi les idées qui l’attirent : la création d’un studio de jeux vidéo ou le développement de projets numériques.

Elle reconnaît parfois ressentir le syndrome de l’imposteur, un phénomène très fréquent chez les femmes dans les milieux scientifiques.

« Des fois je me rappelle que je fais les choses tout aussi bien, voire mieux, que certains hommes autour de moi. »

Pour elle, la présence de femmes à des postes de responsabilité doit devenir une évidence.

« Ça ne devrait pas être étonnant de voir une femme diriger un projet ou une entreprise. Ça devrait simplement être normal. »

Une première expérience professionnelle prometteuse

Adrianna vient également de décrocher son stage au sein du groupe Adéquat, une entreprise spécialisée dans l’intérim.

Elle participera au développement d’une application web appelée My Adéquat, destinée à faciliter la communication entre les intérimaires, les agences et les clients.

Ses missions porteront notamment sur l’ajout de nouvelles fonctionnalités à l’application, en utilisant des technologies comme .NET, Angular et SQL Server.

Concernant sa recherche de stage, elle ne peut pas affirmer que son genre a influencé les réponses des recruteurs.

« On ne me l’a jamais dit clairement. Mais parfois on se pose la question. »

Un message pour les lycéennes

Si Adrianna devait donner un conseil aux lycéennes qui hésitent à se lancer dans l’informatique ou les sciences, il serait simple :

« N’hésitez pas à vous lancer. Et si ça ne vous plaît pas, vous pourrez toujours changer de voie. »

Elle insiste aussi sur l’importance de s’affirmer et de ne pas se laisser freiner par le syndrome de l’imposteur.

« Les femmes sont tout aussi capables que les hommes. Et parfois, être la première dans un domaine peut encourager d’autres à suivre. »

Pour elle, il est aussi essentiel de bien s’entourer, de connaître ses droits et de ne pas rester seule face aux situations problématiques.

Pour Adrianna, l’informatique est avant tout un espace de création

Quand on lui demande de définir l’informatique en quelques mots, sa réponse revient à l’essentiel :

« Pour moi, c’est un moyen de créer ce que je veux, de zéro jusqu’au résultat final. »

Applications, sites web, jeux vidéo… ce domaine offre selon elle un terrain d’exploration immense, qui permet autant de s’exprimer que de construire des outils utiles.